Chercheuse à IJCLab, Angélique Lartaux (en couverture, crédit photo : Jean-François Dars) prend ses fonctions de porte-parole adjointe de la collaboration Einstein Telescope aux côtés du nouveau porte-parole Michele Maggiore. Leur mandat de trois ans débute le 23 mars 2026.
La collaboration Einstein Telescope vient de désigner sa nouvelle équipe de porte-paroles. Angélique Lartaux, chercheuse à IJCLab, est nommée porte-parole adjointe. Elle formera un binôme avec Michele Maggiore, physicien théoricien à l'Université de Genève, élu porte-parole. Ensemble, ils succèdent à Michele Punturo et Harald Lück.
Cette nomination intervient à un moment charnière pour le projet. Einstein Telescope (ET) est le futur observatoire européen d'ondes gravitationnelles de troisième génération. Installé en souterrain, entre 200 et 300 mètres de profondeur, il sera conçu pour détecter ces infimes déformations de l'espace-temps avec une sensibilité inédite. Ses bras de 10 à 15 kilomètres, ses miroirs refroidis à quelques dizaines de kelvins et ses technologies quantiques lui permettront de surpasser largement les performances des détecteurs actuels LIGO, Virgo et KAGRA.
Modèle du futur Einstein Telescope © Marco Kraan/Nikhe
Grâce à cette sensibilité accrue, ET observera des sources bien plus lointaines et donc plus anciennes. L'observatoire ouvrira ainsi de nouvelles fenêtres sur la physique fondamentale, la cosmologie, les propriétés des trous noirs et des étoiles à neutrons. Ce programme scientifique ambitieux s'inscrira dans un réseau mondial de détection, aux côtés du futur Cosmic Explorer.
La collaboration rassemble aujourd'hui plus de 2 000 membres, répartis dans 97 unités de recherche à travers 34 pays. Le projet figure dans la feuille de route 2021 de l'ESFRI (Forum stratégique européen pour les infrastructures de recherche) et entre désormais dans une phase décisive. Les choix sur la géométrie du détecteur, le site d'implantation et la finalisation du rapport de conception technique (Technical Design Report) figurent parmi les priorités du nouveau mandat.
En tant que porte-parole adjointe, Angélique Lartaux représentera la collaboration et contribuera à orienter ses travaux scientifiques et stratégiques, en lien avec le porte-parole et les instances de gouvernance. Spécialiste en instrumentation pour la détection des ondes gravitationnelles depuis le milieu des années 2010, elle représente l'unité de recherche d'IJCLab au sein de la collaboration ET depuis 2022. Elle co-anime également le groupe de travail sur la lumière comprimée (Squeezed Light Working Group) depuis 2025 et a contribué au rapport préliminaire de conception technique du détecteur. Membre du comité de soutien aux jeunes chercheurs (Early Career Support Committee) depuis 2024, elle porte une attention particulière à l'accompagnement de la relève scientifique.
À ses côtés, Michele Maggiore (en photo) apporte une longue expérience en physique théorique des ondes gravitationnelles, engagée dès le milieu des années 1990. Il co-dirige l'Observational Science Board d'ET depuis 2020 et a coordonné la rédaction du Blue Book, l'ouvrage de référence scientifique du projet. Membre du comité de pilotage puis du comité exécutif depuis 2019, il a également fondé et dirigé l'unité de recherche du groupe de Genève.
Pour Angélique Lartaux, cette nouvelle responsabilité s'inscrit dans une vision collective du projet. « Einstein Telescope est avant tout une aventure scientifique collective, portée par une communauté diverse et engagée, déclare-t-elle. Je m'attacherai particulièrement à ce que cette communauté reste accueillante, et que les jeunes chercheurs y trouvent un espace où contribuer, grandir et s'épanouir scientifiquement. »
Son expertise s'ancre notamment dans les travaux qu'elle mène à IJCLab sur la plateforme expérimentale CALVA. Son objectif : développer une technique quantique appelée « squeezing » dépendant de la fréquence. Le bruit quantique est l'une des principales limites de sensibilité des détecteurs d'ondes gravitationnelles. Il provient des fluctuations du vide qui interfèrent avec la lumière utilisée dans le détecteur. Pour le réduire, on injecte du vide comprimé dont le bruit est atténué, puis on le réfléchit dans une cavité Fabry-Perot suspendue pour adapter cette réduction à chaque gamme de fréquence.
Visite de la plateforme CALVA par le ministre néerlandais Mr Eppo Bruins, présentée par Angélique Lartaux © Dominique Longieras/IJCLab
Sur CALVA, les équipes étudient une géométrie innovante de l'oscillateur paramétrique optique, la source qui produit ce squeezing, ainsi que l'impact de sa mise sous vide sur les performances de réduction du bruit quantique. Un autre objectif clé est de démontrer l'utilisation de cavités suspendues à trois miroirs, de finesse variable, à l'échelle de 50 mètres pour rendre le squeezing dépendant de la fréquence. Reconnues par la collaboration Virgo, ces recherches s'appuient sur les projets ANR Exsqueez et QFilter. L'enjeu est de valider ces développements pour les intégrer à la prochaine mise à niveau de Virgo et, à terme, à la conception d'Einstein Telescope.


















